Sabrina Teggar

Photographe suisse, Sabrina Teggar (*1981) vit et travaille à Genève. En 2003, elle obtient son diplôme de l’Ecole de Photographie de Vevey.

Après avoir assisté le photographe Adam Savitch dans la création de catalogues pour Piaget, Sabrina Teggar se consacre aujourd’hui à ses projets personnels et réalise parallèlement des mandats pour des marques de luxe, notamment Hermès Suisse.

Elle vient de participer au Boutographies Rencontres photographiques de Montpellier, dans la sélection officielle 2013.

Depuis 2013, elle est membre de l’agence Phovea.

Sa démarche photographique a comme point d’ancrage sa propre histoire, sa famille, ses amis, ses rencontres. Elle affectionne tout particulièrement la forme que prennent les souvenirs et la perception du temps qui passe.
A la fois fortes et fragiles, traversées d’ombres et de lumière, sensibles et poignantes, ses images sont sont le reflet d’une quête, le fruit d’une continuelle réflexion sur la mémoire. Sabrina Teggar collectionne ces instants instinctivement, puis à la façon d’un collage, rassemble ses pièces au gré de l’interprétation qu’elle en fait sur le moment et nous donne à voir sa vision d’une réalité confrontée au souvenir.

L’espace est heureux de vous présenter le travail de cette jeune photographe prometteuse.

Mnémosyne, déesse de la mémoire et boîte de Pandore

Sabrina Teggar, jeune occidentale née d’une mère suisse et d’un père algérien, a choisi de mener une quête sur ses origines au travers d’un travail photographique. Ce travail mêle les souvenirs d’une enfant et le regard d’une jeune femme, l’Algérie d’hier et celle d’aujourd’hui, l’Algérie religieuse et l’Algérie laïque, l’Algérie tournée vers le passé et celle calquée sur l’Occident. Il est avant tout un regard que Sabrina Teggar porte sur elle-même au travers des tensions propres à toute communauté, à la confrontation de deux cultures, à la mise en rapport des souvenirs et de la réalité.

Elle a connu l’Algérie enfant quand elle allait voir ses grands-parents à El Asnam, ville détruite par les tremblements de terre des années 1950 et 1980, et renommée Chelif. Par la suite, la situation politico-religieuse du pays lui en a interdit l’accès. Ce n’est qu’à l’âge de trente ans qu’elle choisit d’accompagner son père dans sa famille, et ainsi d’ajouter quelques pièces au puzzle de sa vie.

Le retour de Sabrina Teggar vers le pays de son père est aussi un voyage vers un lieu d’enfance dont elle a longtemps été tenue éloignée. Quand elle revient enfin, c’est pour rencontrer un ailleurs familier et étrange, chaleureux et vaguement inquiétant, parsemé des indices d’une histoire nécessaire et difficile à faire sienne. Comment ne pas se regarder au miroir de ces fillettes, de ces jeunes gens dont les destinées se sont tellement écartées de la sienne ? Mais toutes les images de la série ou presque sont des bribes, des morceaux, des extraits, les ombres d’un film interrompu. Les seuls repères stables, campés devant l’appareil photographique, sont les visages de ceux qui la regardent et la reconnaissent : portraits sur le vif ou portraits reproduits des membres de cette famille proche et lointaine à la fois.