Massao Mascaro

Cailloux éparpillés

Le jour où les hommes et les femmes firent usage de la parole, ils commencèrent aussi à mettre de l’ordre au chaos des sentiments qui habitaient leurs coeurs. En affirmant cela, on ose faire échos à la phrase de la Genèse au commencement était le Verbe. En tant qu’êtres humains, nous commencions à doter nos vies de sens, nous leur donnions une direction, cela nous permettait de conter des histoires et aussi de les transmettre. Les mythes et les histoires étaient nés. À partir de ce moment-là, les êtres humains concevaient le temps.

Mais qu’en était-il de l’espace ?

Au commencement, il y avait aussi le Jardin.

Un jardin est un espace clos. Le jardin, pour exister, a besoin d’un cadre. Le jardin est le point à partir duquel un lieu devient un paysage. Le jardin est le germe qui favorise l’implantation du foyer, du village, de la ville, de la nation. Le jardin, pourrions nous dire, n’est ni entièrement naturel, ni pleinement humain, se tenant ainsi à égale distance entre l’Homme et Dieu.

Les Humains sont des créateurs de jardins tout comme ils sont des conteurs d’histoires.

Dans Jardin, les photographies de Massao traitent simultanément ces deux activités culturelles. Elles incarnent, toutes, les tensions délicates qui se produisent dans l’espace et dans le temps, un moment jamais décisif mais toujours suspendu, de minuscules fenêtres ouvertes sur l’éternité : l’espace entre deux mains, un rayon de lumière sur une branche qui ondule, une brindille prise dans le grillage d’une clôture, le regard mystérieux dans les yeux d’une jeune femme.

La Nature est une invention de l’Homme, une chose avec laquelle nous vivons et qui nous permet de parler de tout ce qui n’est pas humain. La Nature est un paradoxe, mais un paradoxe plein de nostalgie, la seule chose dans le monde étrangère à l’Homme, qui était là avant lui, qu’il n’avait encore ni vue ni nommée. La Nature est ce dont on peut seulement rêver et le jardin est ce lieu que nous avons imaginé pour accueillir nos rêveries. Les jardins sont toujours habités par l’absence ou par les tristes présages de disparition. Tout comme les photographies, qui elles, sont habitées par notre absence.

Ce pourrait être la raison pour laquelle il manque toujours quelque chose dans les images de

Massao, une espèce de vide. Parfois c’est une ombre, un trou noir dans la route, une silhouette incomplète dessinée sur le sol par des bouteilles vide, ou des cailloux éparpillés.

Federico Clavarino

 

             
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