Jean Luc Andrianasolo

Jean Luc Andrianasolo (1983, CH/MG) est né à Antananarivo. Il grandit à Genève. Après un Bachelor en Economie à Paris I La Sorbonne, il part s’installer à Lisbonne en échange Erasmus. De retour à Paris, il commence à capturer la flânerie parisienne, ses amis, la nuit, la rue. Jean Luc Andrianasolo est diplômé de la Formation Supérieure en photographie à Vevey.

Durant l’année 2010, Jean Luc s’intéresse davantage à la photographie. Son travail à la banque lui permet d’acquérir du matériel et de voyager. Avant son départ au Brésil, il fait un mini-documentaire dans une maison close dans le cadre d’un workshop. Il revient du Brésil principalement avec des photographies de paysages. Il les présente à l’entretien en Formation Supérieure en photographie à Vevey.

Admis dans la formation, il commence un travail sur l’errance et le quotidien en capturant des rencontres éphémères ainsi que son entourage proche.

A côté de cela, il fait un travail plus documentaire sur des travailleurs dans un abattoir dans le nord de Madagascar en collaboration avec Eva Leitof. Ce travail sera exposé dans le cadre du Festival Image 2012.

Il vit et travaille à Genève.

MISC

Je suis resté éveillé toute la nuit. Le jour ne suffit plus depuis combien de temps déjà ? Je rentre car il ne reste
plus que quelques zombies ; pores écorchés, stigmates de la nuit, yeux auréolés d’une lassitude contrefaite. Je ne rentre pas chez moi. Je vais dormir tout le jour. Je suis à Genève, l’hiver me pique les lèvres et il est 8 heures du matin. J’hésite à petit-déjeuner. Mon vélo Peugeot devient mon oreiller, la rue devient ma couverture, l’aurore devient mon lit. J’ai passé toutes mes nuits dans ces lieux qui n’existent plus, ces maisons éphémères. J’ai rencontré des gens qui ont disparu ; des passagers débarqués d’un ciel endormi, d’une une ville située au bord de l’eau. Le lieu semble vide, mais le regard de ces quelques affreux se croisent et se toisent. Il en dit autant qu’un oeil de verre, le sourire narquois, il ne se soucie pas des gens qui ont mis leur réveil pour une routine incommode. Bouche déjà gluante, langue puante, arrière-goût d’un tord-boyaux oriental qui rend les gens un peu plus joyeux.

Ce journal visuel est photographié au compact argentique. Cet appareil réduit la distance dans mon rapport avec le monde, je sens, je touche, je suis là. Je suis démocratique, je mets tout à niveau. Pourquoi est-ce que cette bouilloire ou ce canapé ou cette fille dialogue avec mon appareil? Ce n’est que la fraction d’une réalité, une manipulation, une fiction, car la vie photographiée n’est pas la vraie vie. C’est un spleen mystérieux et boulimique, c’est une diarrhée chronique dans les WC bouchées d’un abri PC. C’est une fiction qui tente de dénouer les doutes de la vie. Ces arrangements d’objets banals tente de produire une abstraction basée sur le monde réel. Grâce à l’oeil, il est possible de rendre sublime la banalité et l’insignifiance de l’existence. Mais il n’y a pas de réponses définitives, ces questions restent sans véritable issue sur la fragilité de l’être et son attachement, sa légèreté, son désir pour la chair, sa confiance envers l’autre et son engagement. Il n’y a pas d’issue, car je crois que pour ce genre de questions personne n’a jamais vraiment tort, personne n’a jamais vraiment raison.